08/04/2026 reseauinternational.net  17min #310334

 L'Iran proclame une « victoire historique » sur les Usa; l'ennemi contraint d'accepter sa proposition

Israël : la victoire qui le mènera à sa fin

par Mounir Kilani

Puissance militaire écrasante, soutien durable des États-Unis, capacité à frapper sans conséquences immédiates : pendant des décennies, Israël a incarné une forme de puissance intouchable. Mais derrière l'accumulation des succès tactiques, un affaiblissement plus profond s'est installé. La colonisation continue, les blocus prolongés, les frappes répétées, l'absence d'horizon politique : la force s'est transformée en logique d'usure. Aujourd'hui, l'enjeu n'est plus seulement militaire. Il est celui de la légitimité, du récit et de la place d'Israël dans un monde où la puissance ne suffit plus à durer. L'Iran y joue le temps long, et l'Occident découvre que soutenir une puissance devenue facteur de chaos a un prix.

Il viendra un temps - et peut-être est-il déjà là - où l'on regardera Israël non plus comme une puissance, mais comme un moment de l'histoire. Un moment intense, violent, décisif. Mais un moment.

L'imposture des idéologies de domination

Les idéologies de domination sont des impasses, où qu'elles naissent. Leur déconstruction ne viendra ni de la vengeance, ni d'une supposée supériorité morale, mais de la lassitude des peuples et de leur refus de la violence sans fin. Car aucune puissance ne se construit sur l'écrasement des autres sans finir par se fissurer. Aucune supériorité proclamée ne résiste au réel. Israël n'échappe pas à cette règle.

La sortie par la dignité et la coexistence

Il viendra un moment où les instruments de la force devront céder devant une exigence plus ancienne et plus profonde : celle de la dignité humaine. Un moment où les logiques d'affrontement s'épuiseront d'elles-mêmes, faute de produire autre chose que la violence. Pour une telle bascule, il faudra des peuples lucides et une fidélité retrouvée à l'évidence : non pas dominer, mais coexister.

L'illusion de la puissance

Les États ne disparaissent pas toujours dans le fracas des armes. Ils s'effacent parfois autrement : par usure, par isolement, par perte progressive de sens aux yeux du monde. Ils continuent d'exister, en apparence, mais quelque chose en eux s'est déjà retiré.

Israël fut longtemps perçu comme une forteresse assiégée, puis comme une puissance incontournable. Mais derrière cette image de force, une autre réalité s'est progressivement installée : celle d'un système où la force devient la réponse à tout, où le politique disparaît derrière le militaire, où la gestion du conflit remplace sa résolution.

Le masque de la légitime défense est tombé. Il laisse voir un État qui a choisi la domination perpétuelle comme unique horizon.

Colonisation continue. Blocus prolongés. Frappes répétées. Destructions d'infrastructures civiles. Chaque épisode, pris isolément, est présenté comme une nécessité sécuritaire. Mais mis bout à bout, ils dessinent une logique implacable : celle d'une accumulation sans limite, où les lignes rouges, franchies encore et encore, cessent d'exister. Ce n'est pas seulement le droit qui est affaibli. C'est la légitimité elle-même.

L'exception devenue règle

Une partie croissante de l'opinion mondiale ne voit plus, dans les décisions israéliennes, une stratégie de sécurité, mais l'expression d'une puissance convaincue d'échapper durablement à toute contrainte juridique et politique. À force de franchir les seuils sans en assumer les conséquences, Israël a installé l'idée dangereuse qu'il se considère au-dessus des normes qu'il invoque par ailleurs. L'exception est devenue la règle. Et cette règle s'appelle : la force pour la force, sans jamais poser la question de la paix.

Pendant longtemps, cette trajectoire a été rendue possible par un environnement politique spécifique. Des décennies de soutien militaire, financier et diplomatique des États-Unis. Un réseau d'influence politique très structuré, parmi lesquels figure l'American Israel Public Affairs Committee, l'un des groupes de pression les plus influents de Washington. En Europe : condamnations verbales, mais inertie concrète. Des dizaines de résolutions des Nations unies dénoncent l'occupation et les violations du droit international. Les rapports s'accumulent, les alertes se multiplient - et pourtant, rien ne change vraiment.

Le problème n'est pas l'absence d'information. Le problème est l'absence de conséquence.

La force comme système

Mais la force, lorsqu'elle devient système, finit par se retourner contre elle-même. Car elle ne résout rien. Elle suspend. Elle repousse. Elle accumule. Et un jour, le poids de ce qui n'a jamais été résolu devient plus lourd que toutes les victoires.

Israël ne cherche plus à résoudre. Il gère l'irrésolu comme un mode de vie. C'est là sa véritable dérive : avoir confondu la survie avec l'occupation permanente.

La guerre à Gaza a marqué un basculement décisif : au-delà des justifications sécuritaires avancées, les images de destruction massive et de pertes civiles ont profondément altéré la perception d'Israël dans de larges segments de l'opinion mondiale. Pour une partie grandissante du monde, Gaza n'est plus perçue comme un épisode de guerre, mais comme le symbole d'un déséquilibre extrême entre puissance militaire et vulnérabilité civile.

Le monde, lui, a changé sans prévenir. Autrefois, la supériorité militaire suffisait à imposer le réel. Aujourd'hui, elle n'en garantit même plus la maîtrise. Les guerres ne se gagnent plus, elles s'étirent. Les ennemis ne disparaissent plus, ils s'adaptent. Et dans l'ère des réseaux numériques, la guerre se joue aussi sur le terrain moral et symbolique : les images circulent sans filtre, et la perception d'injustice s'ancre durablement.

Le basculement du soutien

Puis il y eut ce basculement imperceptible. Le moment où le soutien n'a plus été automatique. Où les silences sont devenus gênés. Où même le protecteur principal - les États-Unis - a commencé à montrer ses propres limites.

Ce basculement fait écho à celui des États-Unis eux-mêmes : une puissance qui conserve sa supériorité militaire mais découvre que déclencher ou soutenir une guerre ne garantit plus ni sa maîtrise, ni sa victoire durable.

Et c'est dans ce contexte qu'intervient l'événement qui pourrait bien être le tournant décisif.

L'étincelle : frapper l'Iran

Le 28 février 2026, Israël lance une campagne militaire massive contre l'Iran, en coordination étroite avec les États-Unis. La frappe est spectaculaire. Elle intervient pendant le mois du ramadan. Ce sont les États-Unis qui mènent des frappes dévastatrices : une école de filles est pulvérisée, mais aussi des hôpitaux, des universités, des rassemblements pacifiques. Les victimes civiles se comptent par centaines.

Cet acte n'est pas une opération de défense désespérée. Il révèle une doctrine profondément ancrée, partagée par les deux alliés : celle qui privilégie la destruction systématique, y compris au prix de vies civiles, à toute solution politique. Ces frappes, par leur nature et leurs cibles, s'apparentent à des crimes de guerre.

Mais surtout, cet acte révèle autre chose, bien plus inquiétante pour Israël lui-même.

Car en frappant l'Iran de cette manière, Israël - avec le concours actif des États-Unis - ne fait pas que détruire des cibles militaires. Il active un adversaire qui, précisément, transforme la force israélienne en faiblesse. Le danger pour Israël n'est plus de perdre une guerre. Il est de continuer à croire que les guerres qu'il gagne le rapprochent de la sécurité - alors même que l'Iran, par sa capacité de résilience et de projection politique, transforme ces "victoires" en pièges stratégiques.

La fuite en avant

Gaza dévastée et réduite en ruines. Liban pilonné. Syrie bombardée à volonté. Et désormais l'Iran attaqué frontalement avec une violence inédite. Chaque crise appelle la même réponse mécanique : plus de force, plus de morts, plus d'escalade.

Cette stratégie produit des résultats immédiats en termes de destruction. Mais elle expose surtout une incapacité chronique à imaginer autre chose que la violence comme langage unique. Israël ne stabilise rien. Il entretient sciemment un cycle d'instabilité dont il se présente comme la victime, tout en pariant aveuglément sur sa supériorité technologique.

Face à cela, l'Iran n'a pas besoin de gagner militairement. Il lui suffit de durer, de résister, de transformer chaque frappe israélienne en preuve supplémentaire d'agression.

C'est là que réside le basculement stratégique : Israël agit. L'Iran capitalise. Car au fond, le conflit a changé de nature : il ne se joue plus seulement dans l'espace, mais dans le temps. Et dans cette guerre silencieuse, la capacité à durer finit par l'emporter sur la capacité à frapper. À force de répondre à chaque défi par la force brute, Israël révèle sa faiblesse la plus profonde : l'absence d'une vision politique, remplacée par une addiction à la guerre permanente.

La victoire qui fabrique ses propres ennemis

Une campagne d'une telle ampleur, menée pendant le ramadan et accompagnée de destructions civiles visibles, ne peut être perçue comme une opération technique. Elle est perçue comme une agression. Et c'est précisément sur ce terrain que l'Iran est le plus fort.

Israël ne frappe pas seulement un adversaire. Il offre à l'Iran un levier stratégique immense : celui de la perception.

Les élites du Golfe, directement touchées par les ripostes iraniennes, durcissent leur ton contre Téhéran. Mais leurs sociétés, elles, voient autre chose : un pays musulman attaqué de manière spectaculaire. Ce décalage est une victoire iranienne. Car l'Iran n'a jamais eu besoin d'unifier le monde musulman par la force. Il lui fallait un déclencheur. Israël le lui offre.

Les divisions internes - sunnites contre chiites - s'effacent derrière un récit simple et puissant. Ce que ni les radicaux, ni des structures comme l'Organisation de la coopération islamique n'avaient réussi à imposer, l'Iran l'obtient indirectement par l'action israélienne elle-même.

Le paradoxe est implacable : plus Israël frappe, plus l'Iran gagne en profondeur stratégique. Chaque victoire tactique israélienne transforme la supériorité militaire en surexposition politique et narrative.

De la dissuasion à la surexposition

La doctrine israélienne repose sur la dissuasion. Mais face à l'Iran, cette logique se retourne. Chaque démonstration de force devient une démonstration d'exposition. Israël ne dissuade plus. Il s'expose. Et l'Iran exploite cette exposition en élargissant le champ du conflit : perception, diplomatie, opinion publique, économie.

Israël devient central. Donc vulnérable.

Israël découvre qu'on peut conserver la supériorité militaire tout en perdant progressivement la bataille de la légitimité. L'isolement se construit, décision après décision, lorsque la force cesse d'être perçue comme défensive et devient, aux yeux du monde, structurelle. Ce qui se fissure aujourd'hui n'est pas seulement une alliance, mais une tolérance historique.

Le récit d'Israël en "État assiégé" s'effondre. Dès novembre 1967, quelques mois après la guerre des Six Jours, Charles de Gaulle mettait en garde. Il déclarait, dans une formule restée célèbre :

"Certains même redoutaient que les juifs, jusqu'alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu'ils avaient été de tout temps, c'est-à-dire un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur, n'en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu'ils formaient depuis dix-neuf siècles".

Le général prévenait : si Israël attaquait, il remporterait des succès militaires, mais s'exposerait ensuite à "des difficultés grandissantes", à "l'occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions", et à une résistance qu'il qualifierait lui-même de "terrorisme". Autrement dit : il décrivait, quarante ans avant qu'elle ne s'accomplisse, la trajectoire d'une victoire qui isole et d'une puissance qui use celui qui l'exerce.

Aujourd'hui, cette intuition prend une dimension stratégique. Israël apparaît comme un acteur initiateur de chaos régional, tandis que l'Iran se positionne - habilement - comme pôle de résistance. Par l'accumulation de crises non résolues et de réponses exclusivement militaires, Israël est devenu un facteur central d'instabilité plutôt qu'un pôle de stabilisation. En substituant la gestion permanente du conflit à sa résolution, Israël a contribué à installer un désordre durable dont il subit désormais les retours.

Israël gagne des batailles. L'Iran gagne le récit. Là où Israël voyait une démonstration de dissuasion, une partie du monde perçoit désormais une démonstration de domination.

La domination est devenue une fin en soi. Et une fin en soi, dans l'histoire, finit toujours par consumer celui qui l'exerce.

C'est le piège ultime de la victoire israélienne : plus elle est démonstrative et destructrice, plus elle élargit le champ de bataille au terrain où l'Iran est le plus à l'aise - celui du temps, de la résilience et de la perception mondiale.

L'Occident face à ses contradictions

Les gouvernements occidentaux continuent de soutenir Israël. Mais leurs sociétés basculent. Des sondages récents montrent que 56 à 59% des Américains estiment que cette guerre profite davantage à Israël qu'aux États-Unis, et qu'elle est allée trop loin. En Europe, l'opposition dans les opinions publiques est probablement plus forte encore, mais elle peine à se traduire politiquement, entravée par l'influence des réseaux pro-israéliens, l'autocensure médiatique et une lecture encore très prégnante de la critique d'Israël comme antisionisme.

Ce basculement est une opportunité stratégique pour l'Iran. Car plus Israël apparaît comme un facteur de chaos, plus ses alliés deviennent politiquement fragiles. Israël transforme ses alliés en complices. L'Iran transforme cette complicité en coût politique.

Washington et Tel Aviv découvrent ensemble que la supériorité militaire ne protège plus de l'érosion lente : celle de la patience budgétaire, celle des alliances transactionnelles et celle de la légitimité internationale.

L'isolement devient tangible. Investissements plus prudents. Coopérations fragilisées. Talents hésitants. Israël devient progressivement un risque. Car lorsque le coût devient structurel, il cesse d'être une conséquence pour devenir un moteur. Ce n'est plus seulement l'économie qui subit la stratégie ; c'est elle qui commence à en fixer les limites. Et là encore, l'Iran n'a rien à faire d'autre que laisser agir la dynamique. Plus Israël frappe, plus il se rend coûteux.

Les tensions sur le détroit d'Ormuz, les perturbations économiques, la pression énergétique mondiale : tout cela élargit le coût de la stratégie israélienne. Israël ne maîtrise plus l'escalade. Il en subit les effets. Et dans cette configuration, l'Iran joue sur le temps long.

Le miroir américain

La guerre du Golfe, dans les années 1990, montrait encore une puissance américaine capable de gagner vite et proprement. Aujourd'hui, ni Washington ni Tel-Aviv ne peuvent plus promettre cela.

Comme les États-Unis avant lui, Israël possède une puissance militaire réelle, mais elle ne lui permet plus de définir ce que signifie "gagner" dans un monde où l'endurance, le récit et la géoéconomie pèsent plus lourd que les frappes de précision.

Vers une trajectoire de paria

Le statut de paria ne surgit pas. Il se construit. Dans cette construction, l'Iran agit comme un révélateur : non pas en détruisant Israël, mais en exposant ses contradictions.

Israël suit une trajectoire que certains comparent à celle de l'Afrique du Sud de l'apartheid : une puissance forte, mais progressivement insoutenable. La comparaison n'est plus provocatrice, elle est descriptive. Comme l'Afrique du Sud, Israël découvre qu'on peut être militairement puissant et politiquement intenable. Et plus il frappe, plus cette trajectoire s'accélère.

Ce n'est pas par une défaite militaire qu'Israël tombera. Mais il pourrait être vaincu autrement. Par un adversaire qui ne cherche pas seulement la confrontation militaire, mais la transformation du champ stratégique. L'Iran n'a pas besoin de gagner une guerre : il lui suffit de transformer les victoires israéliennes en défaites politiques. C'est exactement ce qui est en train de se produire. Mais, au-delà de ce rapport de forces, une question plus large se pose : Israël peut-il continuer à exister dans sa forme actuelle si les conditions qui ont permis cette forme disparaissent ?

Dans certaines configurations de l'histoire, la question ne se pose plus en termes de puissance, mais de cycle. Car il arrive un moment où les États ne sont plus confrontés à des ennemis, mais à leurs propres limites.

Ce moment n'est jamais spectaculaire. Il ne commence ni par une défaite, ni par un effondrement. Il commence par un glissement. Un glissement lent, presque imperceptible : les soutiens hésitent, les certitudes se fragmentent, les justifications perdent leur évidence. Ce qui était toléré ne l'est plus. Ce qui était défendu devient discutable. Ce qui était soutenu devient coûteux. Il existe, dans toute trajectoire, un seuil invisible au-delà duquel les dynamiques enclenchées ne peuvent plus être inversées. La question n'est plus de corriger, mais de savoir si ce seuil n'a pas déjà été franchi.

Alors la puissance continue d'agir - mais elle agit dans le vide. Elle frappe, mais ne convainc plus. Elle affirme, mais ne rassemble plus. Elle persiste, mais n'entraîne plus.

Dans ce scénario, Israël ne disparaît pas. Il entre dans une autre temporalité : l'usure. Les alliances ne rompent pas - elles s'effritent. Les échanges ne cessent pas - ils se conditionnent. Le monde ne bascule pas contre lui - il se détourne. Et dans ce détournement silencieux, le reste du monde joue un rôle décisif : non pas en s'opposant frontalement, mais en ajustant ses choix, ses partenariats, ses priorités. Ce sont ces déplacements discrets qui, à terme, redessinent les équilibres réels. Ce détournement est plus redoutable que l'hostilité : il ne crée pas de front, il crée de la distance.

À l'intérieur, quelque chose change aussi. Non pas une rupture, mais une fatigue. Fatigue d'un présent sans horizon. Fatigue d'une sécurité qui ne produit pas de paix. Fatigue d'un effort permanent qui ne débouche sur aucune stabilisation durable. Cette fatigue n'est pas seulement sociale ; elle devient politique et structurelle. Les fractures internes - entre visions du futur, entre impératif sécuritaire et horizon de société - cessent d'être contenues et commencent à redéfinir le système.

À cette fatigue s'ajoute une autre réalité, plus silencieuse mais tout aussi décisive : celle du rapport au territoire. Dans les périodes de tension prolongée, une partie des populations les plus mobiles - insérées dans des espaces globalisés - conserve toujours la possibilité de partir, de suspendre sa présence, de se replier ailleurs. Ce phénomène, discret mais récurrent, introduit une asymétrie profonde avec des sociétés voisines dont l'ancrage est beaucoup moins réversible. À mesure que les crises se répètent, cette différence devient un facteur stratégique : la capacité à durer ne dépend plus seulement de la puissance militaire, mais de l'enracinement, de l'acceptation du coût, et de la possibilité - ou non - d'échapper au conflit.

Alors une question, longtemps tenue à distance, commence à circuler : non plus comment gagner, mais combien de temps encore tenir ainsi.

Le piège de la puissance

Ce qui est en jeu aujourd'hui n'est pas seulement une crise de plus. C'est la fin possible d'un modèle : celui d'une puissance capable de s'imposer durablement par la seule supériorité militaire.

Ce modèle a fonctionné. Longtemps. Mais il montre désormais ses limites.

La véritable innovation stratégique de l'Iran n'est pas militaire, mais dialectique : faire de la force israélienne l'arme qui accélère sa propre inadaptation au monde qui vient.

Israël et les États-Unis partagent désormais le même piège : leur puissance reste intacte, mais elle ne suffit plus à définir ce que signifie "gagner".

Le verdict de l'histoire

Dans les livres d'histoire, il sera écrit que tout était visible. Que les signes étaient là. Que la puissance était encore intacte, mais déjà inadaptée. Et que, parfois, ce ne sont pas les ennemis qui font tomber les États, mais les choix qu'ils s'obstinent à répéter.

Il sera écrit aussi que rien n'a réellement surpris. Que les avertissements existaient. Que les alternatives étaient connues, mais qu'elles ont été systématiquement écartées, au profit d'une logique devenue réflexe : celle de la force sans horizon.

Car il existe, dans toute trajectoire historique, un point où la lucidité ne suffit plus. Un point où comprendre ne permet plus de corriger. Un point où les dynamiques enclenchées deviennent autonomes.

Ce point, certaines puissances refusent de le voir. Elles continuent d'agir comme si le temps leur appartenait encore. Comme si la supériorité pouvait indéfiniment compenser l'absence de direction.

Mais l'histoire ne corrige pas. Elle tranche.

Et lorsqu'elle tranche, elle ne regarde ni la puissance accumulée, ni les victoires passées. Elle ne retient qu'une chose : la capacité - ou l'incapacité - à changer de trajectoire.

C'est à cet endroit précis que se joue désormais l'avenir.

Car il arrive un moment où ce ne sont plus les menaces extérieures qui décident du destin d'un État, mais son refus d'évoluer.

Et lorsque ce moment est atteint, la question n'est plus de savoir si un basculement aura lieu.

La seule question qui demeure est de savoir sous quelle forme il se produira - et à quel prix.

 charles-de-gaulle.org (avec vidéo INA et texte intégral du passage sur Israël à partir de 27'.30'').

 Mounir Kilani

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