04/04/2026 ssofidelis.substack.com  8min #309933

Opérations de recherche et de sauvetage en zone de combat

Hélicoptère MH-53J en survol nocturne du désert irakien

Par  Scott Ritter*, le 3 avril 2026

Dans l'après-midi du 18 janvier 1991, au cours de l'opération Tempête du désert, l'Irak a lancé quatre missiles Scud modifiés - appelés Al Hussein - sur des cibles en Israël. Trois d'entre eux sont tombés à Tel-Aviv, dont un a touché de plein fouet un immeuble de plusieurs étages. L'ogive n'a toutefois pas explosé et a été récupérée intacte par les équipes de déminage israéliennes dans une bijouterie située au rez-de-chaussée. Un deuxième Al Hussein s'est abattu à proximité d'un centre municipal du quartier de Hatkiva, à Tel-Aviv, faisant exploser un abri anti-bombes souterrain inoccupé. Ce missile est tombé à seulement 300 mètres d'un autre Al Hussein qui avait frappé la veille le quartier d'Ezra, toujours à Tel-Aviv. Trente personnes ont été blessées lors de cette attaque, dont la plupart par cette frappe. Le troisième Al Hussein a frappé le parc Yarkon, à proximité du centre des expositions de Tel-Aviv. Le quatrième et dernier Al Hussein a survolé la ville avant d'atterrir dans l'eau, au large de la côte.

Le commandant du centre de planification des opérations aériennes de l'US Air Force, le général de brigade Buster Glosson, surnommé "Black Hole", a failli en perdre son sang-froid. L'attaque irakienne au SCUD contre Israël a semé la panique à Washington : des mesures devaient être prises pour montrer aux Israéliens que les États-Unis maîtrisaient le problème des SCUD. Concrètement, 12 chasseurs F-15E ont été détournés d'une mission de bombardement sur un dépôt de munitions dans le sud de l'Irak pour reproduire la première nuit de la guerre et bombarder les lanceurs fixes dans l'ouest de l'Irak.

Une formation de quatre F-15E a également été déployée pour frapper des cibles aux abords d'Al Qaim. À l'instar de ce qui s'était produit le 17, dès l'explosion de la première bombe,

"on aurait dit que quelqu'un avait actionné un interrupteur", se souvient le capitaine Keith Johnson. "Comme si le monde entier s'était tout simplement embrasé. C'était comme un fleuve de lumière. La terre entière avait changé de couleur, avec des boules de feu blanches, orange et rouges montant dans le ciel".

Beaucoup de ces boules de feu provenaient de missiles sol-air (SAM) SA-2, SA-3 et SA-6, une menace à laquelle les F-15E n'avaient pas été confrontés la première nuit. Les deux premiers F-15E ont réussi à larguer leurs bombes avant d'effectuer une série de manœuvres extrêmes pour éviter d'être touchés par les missiles. Les deux derniers F-15E n'ont pas eu cette chance : ils ont dû interrompre leurs manœuvres d'attaque et fuir la zone en esquivant d'autres missiles.

Les F-15E ont été redéployés à Al Qaim la nuit suivante, une fois encore dans le but de montrer qu'ils agissaient - peu importe comment - pour stopper les SCUD irakiens. Mais cette fois, les Irakiens les attendaient. Les Irakiens les ont accueillis par un tir massif de leurres lancés depuis le sol s'élevant à environ 4 000 mètres avant d'exploser.

"Ils faisaient d'abord 'whoosh', puis un 'plop" et restaient suspendus dans les airs avant de retomber doucement", se souvient le capitaine Larry Bowers, officier chargé des équipements. "Il y en avait partout, juste pour nous repérer". Son pilote, le lieutenant-colonel Robin Scott, a noté que "cette technique vieille de la Seconde Guerre mondiale a parfaitement fonctionné".

Les F-15E étaient tombés dans une embuscade savamment orchestrée. Outre une quantité massive de tirs antiaériens, les équipages ont dû affronter jusqu'à quatorze missiles sol-air. Le colonel Dave Eberly se trouvait à seize kilomètres de sa cible, un lanceur fixe situé à Wadi Jabariyah, lorsque les défenses aériennes irakiennes ont ouvert le feu. À treize kilomètres de là, alors qu'il commençait à manœuvrer pour éviter un SA-2 en approche, il a été touché par des tirs antiaériens, ce qui l'a contraint, ainsi que son officier chargé des systèmes d'armes, le major Tom Griffith, à s'éjecter.

Au début de la guerre des missiles, ce sont les Irakiens qui ont frappé les premiers.

Eberly et Griffith sont tous deux parvenus à s'éjecter. Évitant la capture, les deux hommes se sont dirigés vers la frontière entre l'Irak et la Syrie. Ils ont pu déployer leur balise de détresse et établir un contact vocal avec plusieurs avions américains. Ces gestes ont permis de confirmer qu'ils étaient toujours en vie et n'avaient pas encore été faits prisonniers. Une opération de recherche et de sauvetage a alors été lancée.

Alors qu'Eberly et Griffith échappaient à la capture au sol, l'armée américaine a fait appel à la CIA pour obtenir de l'aide. L'agence avait en effet mis en place un réseau d'agents recrutés parmi les Bédouins ayant de la famille à la fois en Syrie, où ils avaient été recrutés, et en Irak, où ils opéraient.

Ces agents étaient sous le contrôle d'officiers paramilitaires appartenant au Special Operations Group (SOG), une unité très secrète de la Direction des opérations de la CIA également connue sous le nom de Special Activities Division. L'équipe du SOG opérait depuis une base avancée à Batman, en Turquie, sous l'autorité du général de brigade Potter, commandant du Commandement des opérations spéciales pour l'Europe. Avant le début de la guerre, l'équipe du SOG, dirigée par l'opérateur expérimenté Mick McGrath, avait recruté, formé et équipé environ 100 agents irakiens afin d'aider les pilotes de la coalition abattus au-dessus de l'ouest de l'Irak à éviter la capture. Ces agents ont ensuite été infiltrés depuis la Turquie vers l'ouest de l'Irak, via le Kurdistan, juste avant le début de la guerre.

Le général de brigade Potter a tenté d'organiser, par l'intermédiaire de l'ambassadeur américain à Damas, le survol de l'espace aérien syrien par deux hélicoptères MH-53J, accompagnés d'un avion ravitailleur C-130 chargé d'assurer le ravitaillement en vol, pour d'augmenter le temps de vol des hélicoptères avant d'entrer en Irak, près d'Al Qaim. McGrath et son équipe du SOG ont par ailleurs été déployés en avant-poste en Syrie, de l'autre côté de la frontière, à proximité d'Al Qaim. Ils ont établi un contact radio avec leurs agents irakiens et se sont tenus prêts à fournir une force de réaction rapide en cas de besoin.

Alors que le général de brigade Potter attendait l'autorisation des Syriens, le sort de l'équipage du F-15E n'a fait qu'empirer. Assoiffés, affamés et au bord de l'hypothermie, leur état physique se détériorait rapidement. De l'autre côté de la frontière, en Syrie, McGrath et son équipe du SOG surveillaient le signal des balises portées par l'équipage et ont demandé l'autorisation de traverser la frontière irakienne par leurs propres moyens pour secourir les pilotes américains abattus. L'ambassadeur américain en Syrie a rejeté leur requête.

McGrath a alors pris la décision risquée de demander à ses agents irakiens de laisser tomber leur couverture, de se regrouper en équipes et de partir à la recherche des pilotes. L'une de ces équipes a réussi à localiser l'épave de la Corvette 3, confirmant qu'elle avait été abattue par de l'artillerie antiaérienne et non par des missiles sol-air, comme on l'avait initialement pensé. Cependant, ils n'ont rien pu faire de plus pour retrouver les pilotes en détresse.

Le colonel Eberly et le major Griffith ont été capturés par les Irakiens le matin du 23 janvier. Les deux hommes avaient progressé jusqu'à la frontière syro-irakienne qu'ils ont tenté de franchir. Mais ils sont tombés sur un poste de garde-frontières irakien et ont failli y laisser leur peau sous une pluie de tirs de mitrailleuses des gardes, aussi surpris de voir deux pilotes américains que les Américains de se faire tirer dessus. À quelques mètres seulement de la Syrie et de la liberté, ils ont été placés en détention. Ils ont passé les 30 jours suivants à être ballottés de prison en prison, en tant qu'"invités" du gouvernement irakien.

Dans la soirée du 23 janvier, alors qu'on ignorait toujours ce que Eberly et Griffith étaient devenus, la décision a été prise de lancer une opération de sauvetage depuis Batman. Deux hélicoptères MH-53J "Pave Low" de l'US Air Force, appartenant au 21e escadron d'opérations spéciales et transportant des sauveteurs, des commandos de l'Air Force et des forces spéciales de l'armée, ont pénétré dans l'espace aérien syrien sans l'autorisation du gouvernement syrien. Ils ont longé la frontière syro-irakienne jusqu'à Al Qaim, où ils ont passé près de 30 minutes à tenter de contacter leurs collègues disparus.

Les hélicoptères ont fini par passer la frontière irakienne, élargissant ainsi leur zone de recherche. En quelques minutes, ils se sont rendu compte que les Irakiens les attendaient.

"J'ai attrapé la radio et j'ai essayé toutes les fréquences possibles pour entrer en contact avec eux",

a raconté par la suite le capitaine Matt Shozda, l'un des pilotes du MH-53J.

"À un moment donné, nous avons réalisé que c'était un drone radiocommandé. À chaque fois qu'on appuyait sur le commutateur de la radio, il tirait. J'ai dit à Harden : "Regarde ! Ils nous localisent. Regarde ça !" J'ai donc repassé un appel radio et ils ont recommencé à tirer".

Les Irakiens utilisaient la balise de détresse d'Eberly et Griffith pour attirer les hélicoptères de recherche et de sauvetage, dans l'espoir de les abattre.

"Ils nous ont clairement tendu un piège. Ils nous attendaient, sachant que la dernière transmission radio provenait de cette zone - celle d'où provenaient tous ces tirs antiaériens".

Tous ont alors compris que l'équipage de la Corvette 3 avait été fait prisonnier par les Irakiens. Shozda et les autres sont donc rentrés, la mort dans l'âme, vers leur base de Batman.

Traduit par  Spirit of Free Speech

* Cet article est composé d'extraits de mon livre, The SCUD Hunters, que je publie actuellement sous forme de feuilleton sur ma page Substack. Bien que les événements décrits dans cet article soient antérieurs de quelque 25 ans à la guerre actuelle en Iran, les problèmes fondamentaux liés aux opérations CSAR restent les mêmes. Cet article a pour but de faire découvrir au lecteur les complexités et les dangers associés à la tentative de récupération d'un pilote abattu en territoire hostile.

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